Réponse courte. Une marketplace existe le jour où l'argent passe par elle. Le client paie la plateforme, par carte CIB/Edahabia, par QR ou en espèces à la livraison enregistrées ; la plateforme garde l'argent en séquestre jusqu'à la livraison ou au rendez-vous et facture sa commission au vendeur, avec TVA ; le vendeur livre, le client confirme ; la plateforme reverse au vendeur, commission déduite. Celle qui laisse le client payer le vendeur directement n'a ni commission, ni données, ni raison d'exister. En 2027, le projet de loi de finances ajoute trois obligations aux plateformes, locales comme étrangères : s'identifier auprès de l'administration fiscale, déclarer chaque année les opérations de leurs vendeurs, et appliquer la TVA aux ventes et aux commissions. Un seul modèle de revenu au lancement, trente vendeurs recrutés à la main avant le code, une ville, une catégorie.
Ce guide est le socle de notre série sur les modèles vus en France à construire en Algérie, Doctolib, Uber Eats, Airbnb, Leboncoin et Vinted, Uber et BlaBlaCar : chacun est une marketplace, et tous butent sur les mêmes trois questions, l'argent, la confiance et le démarrage.
Ce que le PLF 2027 impose aux plateformes
Le projet de loi de finances 2027, tel que la presse économique l'a détaillé en octobre 2026, consacre pour la première fois un régime aux plateformes de mise en relation. C'est un projet, amendable jusqu'au vote, et les numéros d'articles varient selon les sources ; les trois mesures, elles, sont constantes.
- L'identification. Tout opérateur de plateforme, résident ou non, qui met en relation des vendeurs ou des prestataires avec des clients pour des opérations réalisées en Algérie devrait s'identifier auprès de l'administration fiscale, sur une procédure dédiée.
- La déclaration annuelle. Au plus tard le 31 janvier de chaque année, la plateforme transmettrait une déclaration des opérations réalisées par ses vendeurs et prestataires. Autrement dit : la plateforme devient la source du fisc sur ce que ses vendeurs ont vendu.
- La TVA. Les ventes de biens et les prestations réalisées à travers des plateformes de commerce électronique, locales ou étrangères, ainsi que les commissions perçues par les opérateurs, seraient soumises à la TVA. Les plateformes étrangères sans établissement en Algérie devraient s'enregistrer, déclarer leur chiffre d'affaires algérien et reverser la taxe. Une amende est évoquée pour les manquements.
Pour un fondateur algérien, c'est une bonne nouvelle déguisée en contrainte. Les plateformes étrangères qui vendaient aux Algériens sans TVA ni déclaration entrent dans le même cadre que vous ; et une plateforme qui, dès le premier jour, facture ses commissions avec TVA, tient le relevé de chaque vendeur et peut produire sa déclaration de janvier en un clic, a un avantage sur le groupe Facebook qui fera la même chose dans la douleur. Ces obligations se construisent dans le produit, pas dans un tableur en décembre.
Comment l'argent circule, étape par étape
La question « comment je suis payé » a une seule bonne réponse : l'argent passe par vous. Voici le circuit, et pourquoi chaque étape existe.
Le client paie la plateforme. Par carte CIB/Edahabia grâce à votre statut de web-marchand, par QR DZMobPay devenu interopérable entre les banques, ou en espèces à la livraison ; dans ce dernier cas, le livreur ou le vendeur enregistre l'encaissement dans l'application et le paiement à la livraison reste tracé. La plateforme garde l'argent jusqu'à ce que la prestation soit faite : c'est le séquestre, et c'est ce qui donne au client une raison de payer par la plateforme plutôt que de main à main. La commission est facturée au vendeur à chaque transaction, avec TVA, et apparaît sur son relevé. Le vendeur livre, le client confirme dans l'application, ou un délai automatique confirme à sa place ; un litige ouvert bloque l'argent. La plateforme reverse par virements groupés, à J+2 ou J+7, commission déduite, avec un relevé mensuel qui servira à la déclaration de janvier.
Le contournement est le risque numéro un : le client et le vendeur se trouvent sur votre plateforme et concluent sur WhatsApp. Il se combat par ce que seule la plateforme offre, le séquestre qui protège le client, la facture et le relevé qui protègent le vendeur, l'avis qui construit sa réputation, et par une commission raisonnable, parce qu'une commission trop élevée est une invitation à vous contourner.
«Une marketplace existe le jour où l'argent passe par elle.»
Les modèles de revenu, et lesquels tiennent en Algérie
Six façons de gagner de l'argent avec une marketplace. Trois tiennent dès le lancement, deux parfois, une jamais au départ.
La commission sur transaction tient dès que l'argent passe par la plateforme, et seulement dans ce cas. L'abonnement vendeur professionnel tient avec des vendeurs qui vivent de vous : agences immobilières, cabinets médicaux, boutiques ; nous avons détaillé qui paie un abonnement en Algérie en 2027. La mise en avant payée est le modèle qui a fait les grands sites d'annonces, Ouedkniss en tête, et il exige du trafic avant tout. Le lead payé marche en B2B et sur les services à forte valeur, travaux, équipement, assurance, où une mise en relation vaut un devis. Les frais côté client se tolèrent s'ils sont faibles et visibles ; au-delà, le client passe par WhatsApp. La publicité ne rapporte rien avant des centaines de milliers de visites par mois.
La règle : un modèle au lancement, celui qui correspond à votre catégorie. Une plateforme de services à domicile vit de la commission ; une plateforme immobilière, de l'abonnement des agences ; une plateforme d'annonces entre particuliers, de la mise en avant. Les trois à la fois le premier jour, c'est aucun.
Ce qu'il y a dans une plateforme de mise en relation
Deux applications visibles, trois couches invisibles. Les vendeurs paient pour les trois couches invisibles.
Les deux faces sont l'application client, recherche, commande ou réservation, paiement, suivi, en arabe et en français, et l'application ou le portail vendeur, annonces, commandes, agenda, relevés et reversements. La confiance est ce qui fait qu'un client paie un inconnu : vérification des vendeurs avec un premier contrôle humain, avis après transaction, litiges avec argent bloqué. L'argent est le circuit décrit plus haut, encaissement, séquestre, commission facturée, reversements groupés. Les opérations sont le support en arabe, français et darija, humain au départ puis assisté par IA sur vos règles, et la logistique si vous vendez des biens, transporteurs, paiement à la livraison et retours ; nous avons détaillé comment réduire les commandes refusées à la livraison. La conformité est la couche que le PLF 2027 rend obligatoire : plateforme identifiée au fisc, déclaration annuelle produite par le système, données hébergées dans le respect de la loi 18-07.
Un projet de ce périmètre, deux applications, séquestre et reversements, back-office, se situe en catégorie 3 de notre grille de prix ; il se cadre par écrit avec un prix total avant de commencer, et les sept décisions d'une application mobile en 2027 s'appliquent aux deux faces.
L'œuf et la poule : une ville, une catégorie, trente vendeurs avant le code
Toutes les marketplaces ont le même problème de démarrage : sans vendeurs, pas de clients ; sans clients, pas de vendeurs. La réponse n'est pas technique.
Les trente premiers vendeurs se recrutent à la main, avant toute ligne de code, dans une ville et une catégorie : les plombiers d'Alger-Est, les cabinets dentaires de Sétif, les locations meublées d'Oran. Vous les rencontrez, vous comprenez comment ils encaissent et ce qu'ils perdent, et vous leur promettez des clients, pas une application. En parallèle, la société, le statut de web-marchand via la banque et le GIE Monétique, et l'identification de la plateforme auprès du fisc. De mars à juin, le développement des deux faces et du séquestre. Juillet-août, le pilote : trente vendeurs, de vraies transactions, de vrais litiges, de vrais reversements chaque semaine. Septembre, la deuxième catégorie ou la deuxième ville, seulement si le pilote reverse de l'argent chaque semaine. Une marketplace vide le jour du lancement ne se remplit jamais ; une marketplace avec trente vendeurs actifs dans un quartier se remplit toute seule.
Si vous construisez depuis la France, le recrutement des vendeurs est précisément ce qui exige d'être sur place ; nous avons placé ces voyages dans le calendrier 2027 du fondateur de la diaspora.
«Une marketplace vide le jour du lancement ne se remplit jamais ; une marketplace avec trente vendeurs actifs dans un quartier se remplit toute seule.»
Les erreurs que nous voyons dans les marketplaces algériennes
- Laisser le client payer le vendeur directement. Pas de commission, pas de données, pas de plateforme. L'argent passe par vous, avec séquestre.
- Lancer avec trois modèles de revenu. Commission, abonnement et mise en avant le premier jour : les vendeurs ne comprennent pas ce qu'ils paient. Un modèle, celui de votre catégorie.
- Ouvrir tout le pays et toutes les catégories. Dix vendeurs par wilaya, aucun client servi. Une ville, une catégorie, trente vendeurs actifs.
- Une commission trop élevée. C'est une invitation à vous contourner sur WhatsApp. La commission se compare à ce que le vendeur gagne grâce à vous.
- Vérifier personne. Le premier vendeur frauduleux coûte la confiance de cent clients. Identité, registre, premier contrôle humain.
- Découvrir la déclaration de janvier en décembre. Relevés par vendeur et commissions avec TVA se construisent dans le produit dès le premier jour.
- Développer avant de recruter les vendeurs. L'application est prête, elle est vide. Trente vendeurs d'abord.
Questions fréquentes
- Comment une marketplace gagne-t-elle de l'argent en Algérie ?
- Par la commission sur chaque transaction quand l'argent passe par la plateforme, par l'abonnement des vendeurs professionnels qui vivent d'elle, ou par la mise en avant payée quand elle a du trafic. Un seul modèle au lancement, celui de votre catégorie. La publicité ne rapporte rien avant des centaines de milliers de visites par mois.
- Comment fonctionne le paiement avec séquestre ?
- Le client paie la plateforme, par carte CIB/Edahabia, QR DZMobPay ou espèces à la livraison enregistrées. La plateforme garde l'argent jusqu'à la livraison ou au rendez-vous, facture sa commission au vendeur avec TVA, puis reverse au vendeur par virement à J+2 ou J+7. Un litige bloque l'argent.
- Que change le projet de loi de finances 2027 pour une plateforme ?
- Le texte, encore un projet, prévoit que les plateformes locales et étrangères s'identifient auprès de l'administration fiscale, transmettent avant le 31 janvier une déclaration annuelle des opérations de leurs vendeurs, et appliquent la TVA aux ventes réalisées à travers elles et à leurs commissions. Ces obligations se construisent dans le produit.
- Comment éviter que clients et vendeurs se contournent sur WhatsApp ?
- Par ce que seule la plateforme offre : le séquestre qui protège le client, la facture et le relevé qui protègent le vendeur, les avis qui construisent la réputation, et une commission raisonnable. Une commission trop élevée est une invitation au contournement.
- Par où commencer une marketplace ?
- Par trente vendeurs recrutés à la main dans une ville et une catégorie, avant toute ligne de code. En parallèle, la société, le statut de web-marchand et l'identification de la plateforme. Puis le développement, le pilote en été, et la deuxième catégorie seulement si le pilote reverse de l'argent chaque semaine.
- Faut-il gérer la livraison soi-même ?
- Si vous vendez des biens, la logistique fait partie de la plateforme : transporteurs partenaires, paiement à la livraison enregistré, retours. Si vous mettez en relation des services ou des rendez-vous, il n'y a pas de livraison, mais il y a la confirmation du client et le litige.